Commencé en juin 2015 avec l’exposition « Vivian Maier, sa période française » qui accueillit près d’un millier de visiteurs,  le cycle d’exposition initié par la Communauté de Communes Moyenne Durance avec le concours de ComCulture se poursuit par l’exposition « Alchimie, les salins de Camargue vus du ciel » par le photographe Thierry Vezon.


Juin 2016


A force de rêver aux oiseaux, à force de les photographier avec tant de talent, il paraissait évident que Thierry Vezon adopterait un jour leur point de vue et s’élèverait au dessus d’un sujet aussi magique que les salins de Camargue. 

Magie de l’abstraction produisant des œuvres à mi-chemin entre la vision photographique et la vision picturale. Ecorces, vagues, craquelures, minerais, surgissement, pression, encre, rocaille,… l’interprétation est libre, le ressenti viscéral.

« La Camargue est secrète, difficile à appréhender, nous explique Thierry Vezon.

Vue du ciel, elle se dévoile plus aisément. Les photos réunies ici ont été prises depuis un ULM ou un autogire. Un travail passionnant qui s’est étalé sur cinq années.

 Lors de mes toutes premières sorties, mon but était simplement de saisir la beauté de ce 

territoire et d’enrichir mes recherches sur la nature camarguaise, ses paysages, ses habitants. Je m’intéressais tout particulièrement aux salins, qui sont à l’origine du seul site de nidification du flamant rose en France et qui œuvrent avec patience à la protection de l’environnement.

Puis mon regard s’est rapidement aiguisé et concentré sur des détails picturaux, des créations éphémères. L’envie de faire une série d’images s’est imposée rapidement à la vision de cette alchimie entre différents éléments – l’eau, l’air, le sel – qui livrent à la surface de ce monde aquatique d’incroyables tableaux abstraits. Plaisir de composer, de déclencher, de révéler ces merveilles graphiques, de jouer avec ces étonnantes couleurs.

La force de l’abstrait, c’est la subjectivité, le rêve, où se mêlent formes, couleurs, lumières, textures, flux, mouvement… Chacun ressent, devine ce qu’il veut dans ces images, en fonction de sa sensibilité et de son imaginaire. Mon espoir est aussi que ces images procurent de belles émotions… »

La photographie n’est pas qu’un constat réaliste de ce que voit l’œil, elle est aussi, et essentiellement, une interprétation, un ressenti. Avec « Alchimie » Thierry Vezon le démontre avec brio.






Juin 2015


La Communauté de Communes Moyenne Durance organise avec le concours de ComCulture, du Cinématographe et de l'Association Vivian Maier et le Champsaur une exposition exceptionnelle de 80 photos dont plusieurs  tirages "vintage" à la salle d'exposition du Centre Culturel Simone Signoret à Château-Arnoux Saint-Auban (04). L'exposition proposera également un film réalisé par l'Association Vivian Maier et le Champsaur et des ouvrages photographiques réunis par la Médiathèque Louis-Joseph.

Le film "A la recherche de Vivian Maier" de John Maloof sera projeté tous les Vendredi au Cinématographe pendant la durée de l'exposition. 


Présentation de l'exposition

Comme un conte…

Comme dans un conte pour enfants le travail photographique de Vivian Maier sort de son long sommeil en 2007 grâce aux efforts de John Maloof, jeune homme de 25 ans qui acquiert dans une vente aux enchères new-yorkaise 30 000 négatifs, rouleaux de pellicules et tirages.

En 2009, à la tête de 100 000 négatifs John Maloof entreprend de mettre à jour l’œuvre d’une photographe inconnue. Une enveloppe de laboratoire photo portant un nom lui donne une piste, il fait des recherches sur internet et trouve...une notice nécrologique. Vivian Maier est décédée quelques semaines auparavant, le 21 avril 2009.

Le mystère Vivian Maier

Qui est Vivian Maier ?  Une nanny américaine s’occupant toute sa vie d’enfants ? Une nounou n’hésitant pas à entraîner les kids dont elle a la charge dans des lieux parfois improbables pour l’intérêt d’une photo ?

Une artiste qui vit sa passion secrètement, consciente de son talent, mais pas assez sûre pour proposer ses images aux éditeurs de magazines à une période où pourtant la « street photography » vit un de ses moments phares ? 

Assurément un mystère, une femme-artiste se tenant volontairement en retrait.

Vivant sa passion dans les coulisses de son emploi de nounou, Vivian Maier pratique au quotidien son art ne se séparant jamais de son appareil. Lorsqu’il ne lui est plus possible de traiter elle-même ses photos, elle accumule les pellicules non développées.
L’acte de création que constitue l’instant même du déclenchement, de la création instantanée,  dépasse alors celui de sa matérialisation par le tirage.    

Ses images

Photographe aux regards multiples, elle capture le quotidien des rues de New-York, puis de Chicago où elle vivra dès l’âge de trente ans.Cette quête inlassable et solitaire se poursuit plus tard jusqu’en Egypte, au Yémen, ou en Indonésie.

Photographies de rues, portraits, auto-portraits,elle fait partie d’instinct de la famille des photographes humanistes au même titre qu’Henri Cartier-Bresson, Robert Franck, Willy Ronis, Robert Doineau ou Diane Arbus…

Un don pour « l’instant clef », une aptitude à ressentir la lumière, une maîtrise du cadrage et des volumes, ces qualités que portent les grands photographes se retrouvent tout au long du travail de Vivian Maier.

Vivian Maier et la France

Celle qu’aux Etats-Unis, malgré sa naissance à New-York, on appelle la Française, à cause d’un léger accent, suit, à l’âge de six ans, sa mère en France dans une région des Hautes-Alpes, le Champsaur. Sa mère, Maria Jaussaud est née en 1897 à Saint-Julien-en-Champsaur. Vivian reste dans le Champsaur jusqu’à ses douze ans. A Saint Julien d’abord puis à Saint-Bonnet-en-Champsaur. Elle se familiarise avec le Français découvre la région et ses habitants.

Ce premier voyage en France se fait en compagnie d’une amie de sa mère et d’elle-même, Jeanne Bertrand, originaire de la région. Jeanne Bertrand est une photographe professionnelle reconnue aux USA. Est-ce à son contact que la jeune Vivian s’initie à la photographie ? Probablement.   

Le 1erAout 1938, celle que l’on appelle maintenant l’Américaine repart avec sa mère à New-York. 
Au début des années 50, Vivian Maier revient dans le Champsaur. Agée de 24-25 ans, elle souhaite vendre une propriété qui lui a été léguée. Elle parcourt alors la région à bicyclette et fait de nombreuses photos.

Les photographies de sa période française

Ces images sont d’une facture différente de celles prises aux USA. Loin de l’excitation et de l’âpreté de la grande ville, Vivian Maier produit des photos plus apaisées.

On ne retrouvera que très rarement dans son travail américain, hormis dans certaines photos d’enfants, cette intimité avec ses personnages. Elle ne « vole » plus ses photos, elle recherche le face à face et la proximité avec ses sujets sur lesquels elle porte un regard bienveillant.

Vivian Maier paraît plus libre. Et les sujets se livrent volontiers devant cette curieuse jeune américaine.

Ils paraissent affables, souvent amusés. La veille paysanne brandissant sa faucille n’inquiète pas, elle semble nous proposer les légumes qu’elle tient sous le bras. L’air rusé du cantonnier, le sourire bienveillant du curé, les bretelles et le béret du retraité nous font ressentir un bien-être ambiant. Femmes, hommes, jeunes ou vieux, pourraient être sortis d’un film de Jacques Tati ou de Marcel Pagnol. Vivian Maier semble privilégier davantage l’intimité de ses personnages que sa propre virtuosité créative. Et pourtant,…  un couple pose devant un lourd ballot de paille, la perspective de la vallée, l’encadrement des montagnes, la proportion du ciel donnent au cliché une qualité graphique et une harmonie évidentes.

Les gratte-ciels et les coins de rues ont disparu, les charrettes et les ânes ont remplacé les automobiles chromées, mais la qualité du cadrage reste le même. L’étendue des paysages, les vallées, les montagnes auraient pu être des éléments déstabilisateurs dans la conception d’images construites habituellement autour de l’architecture urbaine. Il n’en est rien.



A la recherche de Vivian Maier

Poursuivant sa quête de la vie et de l’œuvre de l’artiste, John Maloof identifie ces images françaises. En 2011 il vient à St Julien en Champsaur pour le tournage de son film. Avec l’aide du maire Daniel Arnaud, de Françoise Perron et des habitants du village, le jeune homme parcourt la région et identifie les endroits et certaines personnes photographiées. 

Il fait don au village d’une cinquantaine de tirages. l’Association Vivian Maier et le Champsaur se crée afin de gérer ce fonds exceptionnel. Une première exposition est organisée, elle attire tout le pays. Nombreux visiteurs retrouvent sur ces photos  des visages ressurgis du passé, familles, amis. Les souvenirs se font plus précis et se partagent. 

En 2013, John Maloof revient en Champsaur et fait donation à l’Association de 48 tirages vintages. 


Alain Le Breton

Photos © Association Vivian Maier et le Champsaur